Leçons du Thoronet
John Pawson
05 Mai 2006
Tous
les architectes ont leurs lieux de référence. Lieux où ils aiment à
revenir, ne serait-ce qu'en pensée. Ces lieux peuvent avoir peu ou même
aucun parallèles avec leur travail. Il s'agit davantage de la
découverte d'un bâtiment qui parle de l'essence même de l'architecture.
Pour moi, ce lieu est Le Thoronet.
Je suis venu ici pour la première fois il y a une vingtaine d'années,
sur les conseils de l'écrivain Bruce Chatwin. Je suis revenu
régulièrement depuis. Ces visites ont pris un sens particulier lorsque
j'ai commencé à concevoir un nouveau monastère cistercien en Bohème.
Mon propos n'était pas de faire de l'abbaye une sorte de livre de
modèles. On ne vient pas au Thoronet pour faire son petit marché
de détails. C’est pour s'immerger dans les vérités supérieures de
l'architecture.
Lorsque l'on m'a demandé de concevoir une exposition pour le site, je
savais que je ne voulais pas distraire de l'architecture. L'idée
consistait à concentrer l'attention sur le bâtiment. A lui donner une
occasion supplémentaire de se révéler au spectateur.
Le Corbusier parlait de cette abbaye comme d'un lieu où "Chaque élément
est une valeur créatrice d'architecture". Je me suis servi de cette
réflexion comme base pour ces Leçons du Thoronet. J’ai sélectionné
quatorze points de vue illustrant quatorze valeurs d'architecture
créative. Un banc signale chacun de ces points de vue. Ces bancs, avec
le catalogue, sont la seule manifestation physique de l'exposition.
J'ai limité ces vues à quatorze, mais il aurait pu y en avoir cent.
C'est une architecture dont on ne cesse jamais d'apprendre.
Je dois souligner qu'il s'agit bien de leçons du Thoronet et non de
leçons de John Pawson. Mon rôle a été celui de l'éditeur, d'un travail
achevé il y a plus de huit cents ans.
Travailler au Thoronet a été un privilège et un plaisir. Je suis
profondément reconnaissant à tous ceux qui ont permis la réalisation de
ce projet. Je tiens à remercier la Maison de l'Architecture et de la
Ville pour sa commande. Egalement Monique Reyre de la Direction des
Affaires Culturelles de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et Joëlle
Barthez du Centre des Monuments Nationaux pour avoir rendu possible
cette exposition.
Je voudrais aussi remercier tous ceux qui m'ont aidé ici, à l'abbaye,
en particulier Eloise Belliard; Hisao Suzuki pour ses extraordinaires
photographies; Béatrice Delafontaine et ses collaborateurs pour les
bancs, en particulier le banc quatorze, qui a dû être hissé à flanc de
colline; André Frère, d'Images en Manœuvres, qui publie le livre; le
traducteur Jacques Bosser; et, dans mon agence, Nicholas Barba, Mark
Treharne, Valerie Chomarat et Alison Morris.